Histoire

Mon père disait : “la place d’une femme, c’est dans la cuisine

Mon père disait : “la place d’une femme, c’est dans la cuisine

 

.écho-égypte    Éméline. Toulouse 

Mon père a des opinions que je ne supportais plus. M’éloigner de lui a été la meilleure solution pour m’affirmer et militer.
Tous les Arabes sont des voleurs.” Cette phrase m’a retournée, pourtant j’aurais dû être habituée. Habituée aux clichés que mon père sortait pendant qu’on dînait le soir devant le journal télévisé. À son discours haineux, aux vidéos de Marine Le Pen et d’Alain Soral qu’il mettait à la télé avec l’appli YouTube, pendant que je jouais sur l’ordi, le son à fond pour ne pas écouter ce que disait Soral sur le rôle des femmes.

J’avais seize ans. Un mois après, j’entrais en première au lycée. J’ai dû attendre mes dix-huit ans pour m’émanciper. Couper le contact, quitter la Lorraine et surtout, m’éloigner de ce bain de sexisme, de racisme et d’homophobie. M’éloigner de mon père.

“La place d’une femme, c’est dans la cuisine”

En terminale, la question de l’orientation était forcément bien présente dans ma tête. Quelle surprise, lorsque j’ai fait part de mon choix d’aller en licence de psycho. Mon père ne voulait pas participer à l’aspect financier pour quoi que ce soit. Pourtant ce n’était pas les moyens financiers qui manquaient. La fac étant accessible avec les transports en commun, je n’aurais pas eu à bouger de chez lui et il avait un bon statut économique.

Non, c’est juste que, pour lui, “la place d’une femme, c’est dans la cuisine”. Je savais déjà que parler avec lui de ce que je voulais faire ne servirait pas à grand-chose. Il m’avait fait le coup avec mon envie de faire le bafa  (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) pour trouver un job pendant les vacances et me permettre de m’autofinancer le permis.

Ni le Bafa ni le fait que j’aie le permis ne lui plaisaient. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Quelle idée, de vouloir aller vivre chez mon père pour terminer le lycée au lieu de rejoindre ma mère à Toulouse…

“Les pédés, on devrait les stériliser”

Mes parents ont divorcé quand j’avais cinq ans. Ma mère s’est remariée quand j’étais en cinquième, puis mon beau-père a pris sa retraite militaire et a trouvé du boulot à Toulouse. Jusqu’à cette fameuse dernière année au lycée, je vivais chez eux. Après les nombreux déménagements et changements d’écoles, j’avais enfin trouvé une stabilité dans ce lycée et je l’aimais beaucoup.

Mon père en a dit, des choses, pendant mon enfance, des choses qui touchaient à mon identité. Je me souviendrais toujours du moment où nous regardions La Manif pour tous pendant le repas et qu’il a dit : “Les pédés, on devrait les stériliser pour ne pas qu’ils se reproduisent.” Je savais qu’à lui, je ne pouvais pas en parler. Il me faisait déjà peur au départ, alors lui dire, ce n’était juste pas possible.

Couper les ponts a été plus que libérateur

Maintenant, je n’ai plus rien à craindre. J’ai rejoint ma mère à Toulouse, mon billet de sortie se trouvait dans mes choix de vœux sur l’ancienne plateforme post-bac APB [Admission post-bac – aujourd’hui Parcoursup]. En première place était la licence de psychologie au Mirail, à la deuxième celle de Nancy.

Bien sûr, il n’y avait que ma mère qui était au courant du choix que j’avais fait. Je l’avais appelée au moment où j’étais sur la plateforme, à remplir le plus vite possible le formulaire avant que mon père ne rentre du boulot.

J’ai attendu les résultats du bac pour l’annoncer à mon père. S’il avait su que j’avais demandé Toulouse et si je n’avais pas eu le bac, je pense, sans doute, que sa réaction aurait été pire que celle à laquelle j’ai eu droit. De toute façon, ma mère l’a appelé assez rapidement, lui a annoncé qu’elle et mon beau-père venaient nous chercher, mes affaires et moi.

Je n’ai plus de contact avec mon père. Au début, il m’envoyait des textos pour mes anniversaires et une fois, j’ai reçu un courrier en recommandé pour me dire qu’il était à Toulouse pour me voir. Je ne lui ai jamais répondu. Il m’arrive d’aller en Lorraine, mais c’est pour voir ma grand-mère maternelle. J’estime qu’avoir coupé les ponts avec lui a été plus que libérateur pour moi. Pour l’instant, je ne suis pas prête à lui reparler, peut-être un jour.

J’ai pu faire ce que je voulais : je suis en master de psycho, et je suis devenue militante et féministe

Toulouse

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